Parler d’économie solidaire au milieu d’une place financière aussi importante qu’est le Luxembourg peut prêter à sourire. Et pourtant, le gouvernement considère l’économie solidaire comme le troisième pilier économique du pays, entre le privé et le public. Une économie qui, par la promotion d’une autre manière d’entreprendre, intervient là où l’état et le privé échouent. « Cette économie, basée sur des valeurs de développement durable et d’équité, est suscitée par certains besoins non satisfaits pour le public », explique Eric Lavillunière, coordinateur de
Lux ’09. « Sur le fond, il s’agit de monter de nouvelles activités, de véritables entreprises, avec des apports pluriels : publics, privés et bénévoles. Le tout en vue d’améliorer le bien être de la population, en mettant en place des services sociaux d’intérêts publics. »
Considérés d’utopistes par certains, de visionnaires par d’autres, les défenseurs de l’économie Sociale et Solidaire n’arrivent, il faut le dire, que difficilement à se faire entendre. Ce forum Lux’O9 sera l’occasion de mettre en lumière l’économie complémentaire dont ils se font les promoteurs. « Dans un pays qui, à cause d’une crise financière, se retrouve un peu sur la sellette, en terme d’image de marque, dire que Luxembourg est aussi le pays de la Solidarité, ce n’est pas rien », poursuit Eric Lavillunière. « Et cela permet d’ouvrir le débat. De démontrer qu’un ensemble d’activités économiques à finalité sociale peut participer à la construction d’une nouvelle façon de vivre et de penser l’économie au niveau international. »
Ces « utopistes », pourtant, ont déjà prouvé qu’une alternative à l’économie traditionnelle était possible.
« Ce n’est pas qu’un discours idéologique. Parler d’innovation de l’économie sociale et solidaire n’est pas vain. Des entreprises sont là. Peut-être doivent-elles gagner en visibilité, mais elles existent », poursuit Eric Lavillunière. Elles prennent souvent la forme de coopératives, de mutuelles, de fondations à intérêt solidaire.
Un exemple concret ?
Le réseau « Objectif Plein Emploi », à Luxembourg, ayant pour objet de redonner à tous les citoyens une place dans la société, s’inscrit dans l’économie comme Entreprise solidaire. Par la mise en place de projets de développement local durable, d’intérêts généraux, ce réseau réactive des personnes au chômage, dont l’évolution personnelle est valorisée par le biais de la formation professionnelle continue. « Le réseau d’OPE
est aujourd’hui constitué d’une trentaine d’associations locales, sans but lucratif, qui interviennent dans de nombreux domaines de l’économie. Elles offrent des services à la personne et à la collectivité, travaillent à réduire le fossé numérique mais aussi dans les domaines de la créativité artistique et culturelle, du développement durable, de la mise en valeur du patrimoine, ou même à la recherche et développement. » Ainsi, de nombreux logiciels libres furent créés dans la débrouille sur base de besoins concrets, hors des plates bandes de l’économie traditionnelle. Avec, à la clef, de la création de valeur. « Il faudrait pouvoir mener une étude pour voir ce que produit l’économie solidaire », explique le coordinateur. « Car dans de nombreux cas, cela ne coûte pas plus cher de mettre quelqu’un en activité que de le laisser au chômage. Au contraire, il est possible, dans cette mesure, de créer, en proposant des services et des produits répondant au besoin de la population, de la valeur. Mais cette économie accorde la priorité au travail et à l’humain plus qu’au capital. Elle est basée sur un système de prise de décisions démocratiques, sur une implication sociale importante et sur la qualité des relations humaines. »
Et réinjecter de la démocratie dans une entreprise traditionnelle ? C’est aussi un des enjeux poursuivis par les défenseurs de l’économie solidaire. « L’idée est de construire un mode de gouvernance démocratique des entreprises. Cela se joue dans les petites et moyennes ou les très petites et moyennes entreprises. Celle dans lesquels, de manière démocratique, on veille à bien répartir les bénéfices, à s’assurer de la qualité du service, du bien être au travail. Ces entreprises sont proches de l’économie solidaire. Mais on peut injecter du solidaire dans de plus grandes structures », poursuit Eric Lavillunière. « Nous sommes persuadés que toutes les entreprises peuvent mieux fonctionner lorsque tous ses composants sont parties prenantes de son fonctionnement. »
Et les organisateurs ajoutent que « la vision du pluralisme économique ne remet pas en cause l’importance du secteur privé, mais prône un développement parallèle de l’économie publique et sociale. » En d’autres termes, il est ici question de travailler sur une troisième voie, de
produire de l’innovation socio-économique. Il n’est ici ni question de libérer le marché à outrance, ni de se diriger vers le tout à l’état. Mais bien de voir l’économie au service de la société, dans son ensemble. « L’économie, ce n’est pas de faire de l’argent uniquement, mais c’est aussi se donner les moyens de produire les services et produits utiles à la population », clame Eric Lavillunière. « Mais plus que ça, l’important aujourd’hui est de créer des espaces de discussions démocratiques, des espaces participatifs. »
Et le forum Lux’O9 promet d’en être un beau. Cette quatrième édition sera une première. En effet,
après Lima en 97, Québec en 2001, Dakar en 2005, Lux’O9 constituera la première édition européenne du forum international Globalisation de la Solidarité. Et, pour l’occasion, les coordinateurs s’attendent à accueillir un millier de personnes des quatre coins de la planète. Tous, à travers une multitude d’ateliers, pourront mieux appréhender ce concept d’Economie Sociale et Solidaire et, pourquoi pas, en devenir des fers de lance européens.
Toutes les infos sur :
www.lux09.lu
Propos reccueillis par Sébastien Lambotte